Lundi 30 octobre 2006
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11:25
41.
/Pierre dans son atelier, habillé d’une robe de Petite. / Jeanne à terre. / Entre Garance, habillée d’une robe de Petite./
PIERRE. Tu…
Dans sa…
GARANCE. Le ferons-nous
Pierre ?
PIERRE. Quoi ?
/Silence./
GARANCE. Est-ce que ça a eu de l’importance ?
Parce que ça n’en a plus.
/Silence./
Oui, tais-toi.
Fais du bleu, oui.
Fais.
PIERRE. C’est pour ça que j’ai peint
pour trouer ma parole
qu’elle ne soit plus en l’air
qu’elle devienne matière, vraie.
Pour le chemin, j’ai peint
pour aller jusqu’au bout, au bord.
GARANCE. Mais seul.
/Silence./
Je suis partie.
Je suis revenue.
Je ne sais pas.
/Silence./
Mais je suis sur le trottoir de ton bord.
Mais tu te suffis tant, nous ne sommes rien.
Mais tout est bien.
/Silence./
Je suis Jeanne aussi.
/Silence./
Vraie ? tu dis.
/Elle le regarde. / Elle baisse la tête et la secoue légèrement. / Silence. / Elle sort, vers le taillis./
PIERRE. Réelle… réelle.
/Silence./
Bleu.
/Silence/.
Ce mensonge, cet ecchymose à l’âme et tu me possèdes tant qu’il ne disparaît tout à fait. Ce triomphe de la mort sur l’amour trompé et la main du créateur qui voudrait renouveler la vie, commencer.
/Noir./
42.
/Jeanne seule, à terre, dans l’atelier de Pierre./
JEANNE. Je me sens très inquiète
et vous ?
/Silence./
Viens, rien que nous deux, il m’a dit pour m’attirer ici.
et maintenant.
/Silence./
Je la déteste
et vous ?
la morte
et la vivante
et c’est la même.
Et moi ?
C’est la jalousie
mon épreuve
du feu
croyez-vous ?
/Silence./
Leur feu, les trois.
Et vous
de quel feu
brûlez-vous
et sent-il bon, le vôtre ?
/Silence./
Un jour vous me répondrez.
/Silence./
Je ne sais plus si je crois.
/Silence./
Si vous pouviez me répondre.
/Silence./
Je croirai toujours
on m’a appris comme ça
à boire ce sang-là.
Je croirai toujours
que vous m’entendez
lorsque je vous parle
que vous êtes là
tout près de moi
et vous agitez là
avec moi
ma croix vo
mir vo mir
j’ai peur de mourir
quand j’ai envie de vo
mir.
/Silence./
Si je dis croix
mon ventre et mon cerveau
se retournent, ils
arrivent à ma gorge
et j’ai peur que tout
mon être passe par
mon nez
et vous ?
/Elle touche son nez./
J’ai peur
de saigner
j’ai peur
de tout.
Je me sens trahie.
J’ai peur
des autres
ici
il n’y a que nous
et quelqu’un
est en trop.
J’ai peur
des autres
quand je suis très près d’eux
parce qu’alors je
je voudrais
les embrasser
les caresser
les goûter, c’est
animal
et vous ?
/Silence/
Vous
n’existe pas.
Personne
ici
n’existe
pour l’autre.
Il n’y a
que soi
ici
qui
tourne autour de lui-
même
et vous ?
et vous ?
et vous ?
et vous ?
et vous ?
/Noir./
43.
/Debout, dans le taillis, à l’endroit du feu éteint./
GARANCE. Jeanne, je voudrais pouvoir partir d’ici.
/Noir./
44.
/Jeanne seule, à terre, dans l’atelier de Pierre. / Bruits de pas dehors./
JEANNE. Boujum.
/Silence. / Pierre apparaît dans l’entrebâillement de la porte. / Silence. / Pierre entre. / Jeanne reste immobile, à terre. / Pierre commence à la peindre, une touche puis il suspend son geste./Silence./
Pénètre-moi.
/Noir./
45.
/Debout, dans le taillis, à l’endroit du feu éteint./
GARANCE. Pourquoi est-ce que je ne le peux pas.
/Noir./
46.
/Jeanne endormie, à terre, dans l’atelier de Pierre qui n’a pas bougé, sa main suspendue./
PIERRE parle et sa voix est changée. Si tard, la flamme vacille, et je n’ai pas sommeil.
Ses cheveux d’or sur l’oreiller
je le regarde à peine.
Par la fenêtre la nuit
m’anime et m’attriste.
Où sont les figures
que le soir promène ?
Il est là, je suis seule.
Tout semble très absurde.
Tout est vraiment très froid.
Flamme, au jardin, je vais disparaître.
Jamais satisfaite je
dois trouver quelqu’un
d’autre
qui soit là comme personne
qui soit là qui pèse : une ancre
pas cet éros sans cesse évanescent.
Pas cette absence dans la présence.
Un vivant avec moi debout dans le noir.
Ici ou autre part en pensée lié qu’à moi.
Ici ou autre part en mes bras seulement.
Ses cheveux d’or sur l’oreiller
avant qu’encore vienne le matin
avant que se réveillent ces morts
qui courent tout le jour les rues
qui me bousculent sans me voir.
Et celle-là qui le désire. Et ma place
dans notre lit, ce lit, feue notre flamme.
Pierre, j’ai peur tout à l’heure d’avoir mal au soleil.
Chacun des degrés de la lumière m’est douleur
et tes cheveux d’or
depuis que je l’ai vue
et que je vide les placards de pin
de notre chambre
et écœurée le prépare
mon départ au matin.
Toutes ces robes Pierre, et l’aurore déjà
s’invite à la fenêtre, qui brille
comme j’aurais voulu toujours.
/Silence. / Il parle et sa voix à lui revient./
Petite ?
/Silence. / Le pinceau tombe et sa main. / Silence./
Jeanne, c’est toi ?
/Silence. / Il parle et sa voix alterne entre la sienne et une autre on dirait./
C’était le meilleur temps
ça n’avait pas d’importance
ça n’avait pas d’incidence
l’ivresse des premières caresses.
/Silence./
Je regrette.
/Silence./
Je reviens.
/Silence./
Ton sourire reste triste.
/Silence./
De longues nuits nous embrassons le vide et le noir, de nous.
Seuls l’un près de l’autre nous ne sommes plus, deux leurres.
Tu l’effleures m’évites et je feins d’ignorer tes frappes souffrantes.
Ton regard m’humilie le mien n’en pleure pas je ne tiens plus à toi.
Cette violence de tout ton être dressée contre moi me fait mal en silence.
Je veux de nouveau trouver quelqu’un d’autre, je ne sais pas partir aide-moi.
Ouvre-moi la porte ouvre au moins la fenêtre ouvre nous ne respirons plus.
La maison est si petite, si nous nous haïssons nous nous tuons, aime-moi.
Je n’existe plus vraiment je ne sais plus avec toi ou sans toi ce que je veux.
Des pincements partout au cœur à l’âme à l’air de notre mer de notre rêve.
/Silence./
Je t’ai aimé, plus je crois que l’idée de toi en moi qui enflammait mon désir.
/Silence./
J’ai décréé, je crois ton image façonnée par l’éclair de ta rencontre ce jour-là.
/Silence./
J’ai appris, à, te voir te distinguer, tes visages et tes voix, tes absences et tes retours, aussi.
/Silence./
Je ne l’ai pas tenue, la route, notre, et ne veux pas savoir si toi, d’autres soirs, tu danses des pieds sous les tables.
/Silence./
Nous avons marché longtemps et je, pardon mais me suis épuisé souvent ennuyée seule comme avec moi-même.
/Silence./
« Je n’aurai pas dû », je te le dis, voilà c’est fait, te brise le « nous » le justifie cassé fini parle plus, tu, silence, tu…
JEANNE parle dans son sommeil. Des arbres fruitiers poussent de mon corps.
/Silence. / Pierre la regarde. / Pierre regarde la toile vierge devant lui. / Pierre reprend le pinceau sur le sol./
PIERRE. Reviendra le meilleur temps.
/Silence./
Importance, incidence.
/Silence./
N’auront guère.
/Silence./
Ivresse seule et caresses.
/Il peint en bleu le pourtour de la toile rectangulaire, comme de la neige dans un cadre bleu./
Nous nous retrouverions et la paix serait.
/Noir./
48.
/Garance à l’endroit du feu éteint./
GARANCE. Ça ne va plus tarder maintenant.
/Noir./
49.
/La porte de la maison est toujours ouverte, des flammes en sortent.
Noir./
FIN
Fin de la troisième et dernière partie
Adeline OLIVIER
publié avec l'aimable autorisation de l'auteur
Par Evi Kimoliatis
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Publié dans : Théâtre
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