Mercredi 3 janvier 2007
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Le premier éléphant tomba le 11 juillet. C'est pour cela probablement qu'il fut très vite baptisé par certains journalistes peu doués "Jullien". Il tomba en pleine rue, par surprise, et causa de nombreux dégâts plus ou moins graves. Ainsi, dans le constat policier établi sur le lieu même de l'atterrissage, furent mentionnés, entre autres, un horodateur cassé et deux vitrines brisées. En plus, en tombant, Jullien s'accrocha sur les fils électriques, et un grand panneau publicitaire d'une boisson mondialement appréciée s'éteignit.
Sa chute produisit un léger tremblement de terre. Les cris des passants pris au dépourvu se mêlèrent au crissement féroce des pneus. L'ivoire gauche de Jullien, qui s'était détaché par la force du choc, tranperça le berger allemand de M. Michot qui le promenait à la laisse en toute innocence. Ce dernier (entre parenthèses) ne fut jamais indemnisé.
Selon le dossier médical, le pauvre mourut sans souffrir, sur le coup. Il ne saigna pas, n'eut pas de convulsions et la foule qui s'était amassée autour de lui ne put voir qu'une sorte d'énorme sac froissé rempli, sans doute, de miettes d'os et de la bouillie des intestins écrasés. Un des badauds prétendit pourtant avoir vu trembloter ses paupières. Une fille de six ans qui essayait de toucher sa trompe fut brutalement retirée par sa maman. On expliqua aux enfants que "le petit élépho fait dodo". A la question "pourquoi l'élépho fait dodo au milieu de la rue?", les enfants n'eurent pas de réponse.
La police encercla le lieu du drame et traça à la craie sur le sol triste du corps de Jullien. Les journalistes au nombre tout à fait invraisemblable s'agitaient autour de la barrière avec leurs caméras et questions. L'un d'entre eux essaya de rajuster l'oreille de Jullien afin de la rendre plus photogénique, mais fut sévèrement interrompu par un agent de police.
Vu l'étrangeté de l'accident il était décidé de faire l'autopsie du corps. Jullien fut donc déposé sur une plate-forme à l'aide d'une grue et transporté à la morgue où il causa pas mal de difficultés: il n'entrait pas dans les portes, sa peau était trop dure pour le scalpel.
Pourtant l'autopsie fut faite et la conclusion prononcée - aucune allusion sur la provenance extraterrestre de Jullien n'était admissible. Il pesait une tonne et demie, était âgé de trois ans, appartenait au groupe ......... très répandu et se reproduisait volontairement dans les prairies sèches de l'Afrique centrale.
Bien évidemment le corps encombrant de Jullien fit la couverture de tous les journaux, magazines et infos ne laissant qu'un petit coin à la guerre en cours, écrasant complètement les stars du moment. Le rapport des services aériens était intégralement cité, même par de sérieux quotidiens de référence: aucun avion ne se trouvait dans le ciel au moment de la chute! Même en supposant que Jullien fut catapulté à une grande vitesse accrue par un fort vent latéral, il devait y avoir un avion porteur. Hélas, le ciel était vide.
On parla beaucoup d'un acte terroriste. Les calculs les plus osés virent le jour. Les façades des immeubles voisins étaient scrupuleusement examinées, mais aucune trace d'un dispositif pour lancer les éléphants n'avait été trouvée.
Les suppositions plus farfelues les unes que les autres furent avancées. Nombreux étaient les adeptes de l'hypothèse d'un dirigeable compliqué qui avait largué Jullien à une grande altitude et s'était sauvé en douce. On soupçonnait même M. Copperfield...
Le deuxième éléphant tomba une semaine plus tard au milieu d'une plage nudiste à quelques dizaines de kilomètres de Jullien. [...]
"Les éléphans", extrait, auteur non identifié.
Vous pouvez trouver la suite et la fin des "Eléphans", dans le numéro 3 de la revue Tissage, éditions Métis, 2004.
Par Evi Kimoliatis
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Publié dans : Textes en prose
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